La dernière bande

spectacle

de Samuel Beckett
Mise en scène : Xavier Marchand
Lumière : Marie Vincent / Bande son : Josef Avelmeïr et Patrick Portella / Scénographie : Michel Jacquelin / Assistanat : Adèl Kollàr

avec Henry Pillsbury
Création Théâtre de l’Athénée 2006. Diffusion : Théâtre de Lenche /
Coproduction : Lanicolacheur et King’s Fountain

Photo : Larry Watson

La dernière bande / Krapp’s Last Tape

Dans une turne obscure presque dénuée de mobilier, Krapp, vieux clown intellectuel, fouille les archives poussiéreuses de toute une vie en manipulant un magnétophone. Comme chaque année depuis quarante ans, le vieux raté qu’il est devenu enregistre le jour de son anniversaire ses réflexions de l’année écoulée. Il se prépare, en un rituel célibataire, à une tentative d’épiphanie. Le constat est amer : échec professionnel en tant qu’écrivain, échec personnel pour avoir sacrifié l’amour au profit de sa vocation. Au fil des années, il s’est enfoncé dans l’obscurité d’une existence minable et vaine. Désormais incapable d’écrire et de dire, il réécoute la bande enregistrée il y a trente ans (à 39 ans), l’année de la révélation, du choix et du sacrifice. L’écoute de cette bande semble constituer son seul bonheur actuel et le moyen mécanique de rendre accessible l’instant sublime de sa vie sentimentale. Sur scène, ce grand histrion de la littérature du 20ème siècle, éprouve le temps, sa mémoire et l’oubli, et progresse en équilibre entre grotesque et profondeur.

Français / Anglais

Pour la première fois, les deux versions, française et anglaise, sont présentées en un seul spectacle, interprétées par un même comédien : Henry Pillsbury. Pris lui-même entre ces deux langues, il renoue, à 69 ans, avec le rôle de Krapp (69 ans) qu’il avait incarné une première fois il y a trente ans.

La mise en scène propose dans la première partie en français une approche rigoureuse de l’écriture dramatique de Beckett sachant l’importance qu’il accorde aux jeux de scène, postures d’écoute, silences essentiels, et donne ainsi une première lecture du personnage de Krapp. La seconde partie en anglais est une mise en abyme de la version française, où Krapp est confronté à son double enregistré et filmé, sorte de "portrait de l’artiste raté en vieux seul".
Le mécanisme du souvenir, la mémoire qui fuit, le grotesque, l’acceptation du temps qui passe prennent alors, par ces strates juxtaposées, une nouvelle dimension.