Tous tant qu’ils sont

spectacle

Texte de Suzanne Joubert

Avec : Edith Mérieau

Mise en scène : Xavier Marchand

Lumière : Marie Vincent / Photographies : Fabrice Duhamel

Création : Théâtre de la Minoterie-mai 2010 / Diffusion : Théâtre des Bernardines-octobre 2010

Tous tant qu’ils sont est le quatrième texte de Suzanne Joubert que je mets en scène. Trois d’entre eux, dont ce dernier, présentent l’analogie de pouvoir être considéré comme des monologues. Les figures féminines créées par ces textes parlent toujours d’ un moment charnière de leur existence, qui les bouleverse et les conduit à changer d’état. Chaque solitude, chaque soliloque est pourtant peuplé d’autres figures. C’est vis-à-vis d’elles que le drame, ordinaire, se noue.

L’écriture répétitive et musicale, constitue un matériau formidable à travailler avec une comédienne ; la mise en scène consiste essentiellement à trouver le cadre propice et la juste posture pour que le monde évoqué par le texte existe par sa seule présence et sa (ses) voix. J’ai proposé ce travail contraignant et subtil à Edith Mérieau, pour qui ce texte a été écrit.

Xavier Marchand

Tous tant qu
Tous tant qu’ils sont // extraits

L’Abondance Sacrifiée

Ce n’est pas du côté des clients mais du côté réservé au personnel qu’on trouve celle qui parle. L’Abondance Sacrifiée, c’est là où elle travaille, un supermarché sans doute pareil à tant d’autres, pour les rapports humains qui s’y tissent.

Ils constituent la toile relationnelle dans laquelle elle est prise. Et ce n’est pas joli, joli. Ça pourrait tourner au drame entre les membres du personnel, voire même à la tragédie.

Elle, dans son enclave, fait dialoguer à elle seule ceux qui l’entourent. Elle est leurs voix et rend tangible leurs caractères. Leurs figures se dessinent. Et la sienne, sorte d’Iphigénie, sacrifiée elle aussi.

Elle dit par exemple :

"On dirait André,
il dirait alors Paul
un des autres.
On dirait André
il dirait Paul
qui nage toujours
à l’aise dans la vulgarité.
Il dirait ça Paul
de but en blanc.
On dirait André
il dirait ça pour rire
pour se foutre, avec les autres
d’André
qui est le dernier
à le savoir
à vrai dire
que sa femme elle est pas femme
que pour lui.
Oh ! que non
ils diraient les autres.
Qu’elle est femme
pour Glenn
qu’elle est femme
pour Jean-Louis
qu’elle est femme
tiens, pour Simon.
Simon ?
Eh bien oui ! "